Quand la justice s’acclimate

Ils ont gagné! Le 13 janvier à ­Renens, douze activistes du climat ont été acquittés après avoir occupé les locaux du Crédit Suisse en parodiant Federer, associé au marketing de la banque. Ils agirent de manière non violente et leur cause était louable, car ils voulaient préserver la planète en dénonçant les investissements dans les énergies fossiles. Quant au moment choisi, il s’avérait opportun puisqu’on était en novembre 2018, soit avant le réveil des consciences à la suite des marches climatiques de 2019.

Mieux, ce verdict correspond au fondement de la justice défini par Kant dans sa Doctrine du droit. «Le principe universel du droit s’énonce ainsi: est juste toute action permettant à la liberté de chacun de coexister avec la liberté de tout autre.» Dans ce sillage, en énonçant son célèbre Principe de responsabilité, Hans Jonas y inclut «l’intégrité future de l’homme» et donc les prochaines générations. Ma liberté s’arrête là où commence celle d’autrui, y compris celle des êtres futurs. Or, la première des libertés est de pouvoir rester en vie puis d’avoir une existence décente. Ce sont ces valeurs qu’ont voulu souligner nos douze manifestants, quitte à égratigner un peu la propriété privée de façon douce, humoristique et temporaire. Qui ne respecte pas la coexistence des libertés à la racine du droit: ces jeunes éveilleurs de conscience ou les investisseurs dans les énergies fossiles menaçant notre avenir?

Demandez aux Australiens encerclés par les feux ou aux habitants des centres de nos grandes villes étouffant sous la pollution! Dans ce dernier cas, qu’attendent les citoyens pour attaquer en justice leurs autorités incapables de faire respecter les normes légales de qualité de l’air? Liberté et responsabilité: ces principes kantiens constituent l’ADN du Parti libéral-radical. Les étoiles montantes du PLR comme Johanna Gapany ou Philippe Nantermod devraient se rallier à nos douze mousquetaires qui défendent ces valeurs. Que nenni! Ils dés­approuvent en arguant qu’il convient d’abord de changer les choses sur le plan politique. Certes mais comment réagir si les politiques traînent les pieds pour faire évoluer la loi? Or c’est bien ce qui se passe. Klaus Schwab, fondateur du Forum de Davos qu’on ne saurait taxer d’écolo contestataire, fait ce constat: «Le monde est en état d’urgence climatique.»

Autre argument: cet acquittement serait la porte ouverte à toutes sortes d’abus, comme le fait de crever les pneus de voitures polluantes. Mais l’acte des douze jeunes n’a rien à voir avec ce comportement violent. Ils n’ont ni agressé quelqu’un, ni endommagé du matériel. Leur action de lanceurs d’alerte est donc légitime. Si la justice ou la politique refusent de s’acclimater à l’idéal censé les inspirer, on peut s’attendre à une multiplication de ce genre d’action, voire à des violences: «Défendons la Terre, entrons en guerre», lisait-on sur une pancarte à Lausanne le 19 janvier. Espérons ne pas en arriver là!

Paru dans La Liberté du 25 janvier 2020.

 

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