Le masque est-il liberticide ?

En cette période de circulation accrue du virus, la question de l’obligation du masque nourrit les controverses. Cette contrainte est-elle liberticide ? La réflexion à ce sujet nous aide à clarifier la nature de la liberté. Précisons d’abord que le mot « personne » vient du latin persona désignant un masque de théâtre. Nous avançons donc « masqués » dans le jeu de rôles de l’existence. La différence avec le masque anti-covid ? Le « masque » personnel est unique et irremplaçable alors que l’autre nous dépersonnalise.

Pour certains, l’impératif du masque constitue une atteinte à la liberté individuelle. Le masque enferme le visage comme le voile islamique : nous respirons moins bien, la voix est étouffée. La relation avec l’autre s’en trouve dégradée. Ce n’est pas à l’Etat d’imposer une telle entrave à tout le monde en nous infantilisant mais bien à chacun de se responsabiliser en acceptant un risque plus ou moins important. Celles et ceux qui veulent éviter à tout prix la contamination choisiront de porter un masque dès qu’ils sortiront et respecteront la distanciation, y compris envers leurs proches.

Pour d’autres, il faut renoncer à une liberté moindre pour en sauvegarder une plus grande. « C’est le virus qui est liberticide, pas le masque ! » affirme le professeur Pialoux, infectiologue. Et d’expliquer : « La ventilation pendant 26 jours, c’est très liberticide. Tout comme la rééducation après la réanimation ».  Vivre sans aucune contrainte revient paradoxalement à porter préjudice à la liberté, notamment en cas de pandémie. On peut donc sacrifier un peu de liberté en portant un masque pour nous préserver d’une perte d’autonomie plus conséquente comme le confinement ou, pire, la maladie.

Ce dernier point de vue nous amène au fondement de nos sociétés démocratiques : la coexistence des libertés. Ma liberté s’arrête là où commence celle de l’autre. L’Etat n’impose aucune idéologie d’un présumé « bonheur » mais il veille à ce que chacun jouisse d’un maximum de liberté et il intervient lorsque certains menacent l’autonomie des autres. Or en refusant de mettre un masque dans l’espace public, je mets en danger la santé d’autrui, voire sa vie puisque je suis peut-être contagieux sans le savoir. Je bafoue alors le principe de coexistence des libertés. Tel serait l’argument d’Emmanuel Kant pour l’obligation du masque. Kant qui est pourtant l’un des penseurs du libéralisme !

Je partage cet avis basé sur la cohabitation des libertés avec un bémol : le masque à l’école. Comment enseigner masqué à des élèves dont l’expression est tronquée ? Comme le dit la professeure Françoise Lantheaume, « le visage d’un enseignant est un outil extrêmement important. Avec le masque, il en est privé. C’est comme enlever sa truelle au maçon ». Bref, je n’aimerais pas donner un cours dans une classe où les voix sont assourdies et les visages voilés. Faut-il vraiment en arriver là pour éviter la catastrophe d’un reconfinement ?

Jacques de Coulon

Article paru dans La Liberté

 

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