L’humanité est-elle obsolète ?

misslinkcyb1Quand on voit les atrocités commises au nom de la religion, les ravages de la cupidité ou même le niveau consternant du débat politique, notamment aux USA, on ne peut que dire avec Nietzsche : « L’homme est quelque chose qui doit être surmonté. » Oui, l’humanité s’est fourrée dans une impasse. On comprend la vogue actuelle de la méditation visant une transformation des consciences et la quête des transhumanistes voulant améliorer l’homme par la technologie. Vers quoi nous mène ce surpassement ? Vers un bodhisattva super-compatissant ou vers un être super efficient aux capacités décuplées par la science ?

L’homme doit-il se transcender lui-même pour devenir ce qu’il est censé être ou bien l’humanité est-elle périmée au point d’être bientôt remplacée par un composé homme-machine ? Dans le premier cas, l’être humain n’a pas encore réalisé sa vraie nature. C’est ce que veut dire Nietzsche lorsqu’il nous exhorte à devenir ce que nous sommes. Encore faut-il savoir quel est l’homme idéal, cette graine destinée à germer en nous ! Dans le second cas, l’homme n’a pas de nature précise à faire éclore, il n’est pas le sommet de l’évolution. Rien ne l’empêche de faire avancer un schmilblick mi biologique, mi robotique et même de dégager le terrain face à des robots surpuissants.

Le changement peut s’opérer de deux manières : de l’intérieur par la méditation ou de l’extérieur par la science. Aujourd’hui un nombre croissant de personnes se rendent compte qu’il est urgent d’élever le niveau de conscience par un travail sur soi. La méditation calme l’agitation mentale comme le tumulte des pulsions prédatrices. Elle permet aussi d’adopter une autre vision du monde tissée de nouvelles valeurs : la sobriété plutôt que la croissance infinie dans un monde fini, la solidarité au lieu de la concurrence basée sur l’envie, le don plutôt que l’accaparement, bref l’être à la place de l’avoir.

Le transhumanisme propose une « augmentation » de l’homme par une action extérieure grâce aux NBIC (nanotechnologies, biotechnologies, informatique et sciences cognitives). On lui implante des puces électroniques pour accroître par exemple sa mémoire, on modifie ses gènes pour le rendre plus résistant, on remplace ses organes défectueux… Pourquoi pas si l’on utilise les NBIC à des fins thérapeutiques ? Mais quel intérêt y aurait-il à rendre plus puissant et même immortel un être cupide bouffi d’orgueil, amélioré du dehors mais qui n’aurait guère changé intérieurement ? Nous donnerions alors naissance à un surhomme-machine qui serait une arme de destruction massive pour notre Planète.

On n’arrêtera pas l’avancée du projet transhumaniste. Mais cette bonification de l’homme grâce à la technologie devrait être accompagnée d’une profonde mutation intérieure. C’est à cette condition que l’humanité ne deviendra pas obsolète. Sinon nous risquons d’être parqués comme des singes dans des zoos par des créatures techniques venant contempler leurs ancêtres.

Jacques de Coulon

Paru dans La Liberté du 7 octobre 2016

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