La poésie-thérapie peut transformer nos vies

poesie-therapie-exercicesLa poésie, un outil de développement personnel ? Selon ce professeur de philosophie, elle réveille notre être profond et nous remet au gouvernail de notre vie.

Professeur de philosophie et proviseur du collège Saint-Michel à Fribourg (Suisse), Jacques de Coulon est l’auteur du manuel Soyez poète de votre vie. Il nous y livre « les clés pour se réinventer grâce à la poésie-thérapie ».

Selon vous, la poésie a le pouvoir de transformer notre vie. Vous parlez même de « poésie-thérapie ». De quoi s’agit-il ?

La poésie-thérapie vise à réveiller notre être profond. C’est à lui qu’elle s’adresse, au poète qui vit en chacun de nous. Nous sommes tous appelés à sortir de nous-même pour nous dépasser. C’est pourquoi j’ai écrit ce manuel sous forme d’exercices pratiques. Il s’agit de se recentrer et de dessiner des paysages intérieurs où l’on viendra se ressourcer, de dilater notre conscience au point de l’élargir à l’autre, de sortir de la monotonie et de renouveler notre regard sur les choses les plus simples, de s’exercer à l’écriture automatique et, ainsi, de créer un poème.

Un exemple : en marchant, répétez mentalement un poème de votre choix. Accordez votre pas et votre souffle à la cadence des mots. L’inspiration revitalise, l’expiration calme et favorise le lâcher prise. Ainsi, vous vivrez le poème de tout votre être : par le corps, le souffle et la pensée.

Quels sont les bénéfices

En récitant plusieurs fois un poème, en rythmant votre respiration sur la mélodie de la phrase, en laissant les images prendre forme et la musicalité vous envahir, sensations et souvenirs remontent à la surface. En ce sens, la poésie nous invite à retrouver une forme d’innocence et d’émerveillement propres à l’enfance. Elle a le pouvoir de soigner les maux, de nous rendre à nous-même. C’est un instrument de développement personnel, un outil pour reprendre le gouvernail de notre vie, pour être tout ce que l’on est et plus encore.
Comment avez-vous été initié à la poésie ?

J’ai été nourri de poésie par mes grands-parents, par mon enfance passée au Liban, et le désert du Sahara où j’ai vécu pendant un an auprès des Touaregs. J’ai toujours un carnet sur moi dans lequel je note des associations de mots, des haïkus et des poèmes que je me récite en silence. En les écoutant intérieurement comme un mantra, je me nourris de leur force. Ma première recommandation est d’inviter chacun à tenir son propre répertoire.

Y a-t-il une place pour la poésie dans notre société ?

Plus que jamais, alors que triomphent le culte du nombre, la pensée calculatrice et l’homme numérisé, la poésie est nécessaire. Je considère qu’avec Nietzsche, elle est le sommet de la philosophie. Elle est indispensable pour libérer notre imaginaire. Le moi poétique est le plus profond. Sans lui, la vie n’a pas de sens. Or, la poésie peut nous aider à entrer en contact avec lui, nous libérant ainsi de notre univers formaté. Il ne s’agit pas de quitter le monde pour un « arrière-monde ».

Il s’agit de l’éclairer autrement, de préférer à la lumière électrique la lueur vacillante d’une bougie, animant le décor autour de nous. C’est une attitude fondamentale face à l’existence. Grâce au langage, créateur de l’homme et du monde, on peut « s’élancer vers les champs lumineux et sereins » de Baudelaire. Au-delà du bonheur ou du malheur, la poésie permet de « mieux vivre », de faire danser le monde en nous et hors de nous. Elle est source de joie.

par Virginie Luc dans CLES.

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