Comment faire méditer les enfants ?

Interview par Pascale Senk dans Le Figaro du 10 octobre 2016

numerisation0001Les bienfaits de l’assise et du silence enseignés dès le plus jeune âge sont désormais scientifiquement prouvés. Encore faut-il bien les utiliser.

         SEVE. Comme la sève qui aide les arbres à s’élever. Tel est le nom de la Fondation (Savoir Etre et Vivre Ensemble) [1] qui désormais fédère toutes les initiatives visant à promouvoir l’attention chez les enfants. Conçue et impulsée par Martine Roussel-Adam et le philosophe Frédéric Lenoir, placée sous l’égide de la Fondation de France, elle va notamment permettre la formation d’adultes qui initieront les jeunes enfants, dans le cadre scolaire, à la méditation et à la philosophie. « Un renouvellement de l’éducation » annoncent ses créateurs.

        Ce recours à la méditation auprès d’enfants souvent considérés comme de plus en plus agités et hyperactifs apparaît désormais comme le sésame qu’attendaient des parents et enseignants déboussolés par cette génération « digitale ». On ne compte plus les manuels imitant le premier à avoir été reconnu par le grand public, «Calme et attentif comme une grenouille» de la thérapeute néerlandaise Eline Snel (éd. les Arènes, vendu à plus de 120 000 exemplaires). Les enfants sont invités à être « sereins », à avoir « un cœur tranquille et sage ». Des contes, mais aussi des relaxations guidées, deviennent des outils  permettant de leur apprendre à « revenir à l’intérieur d’eux–mêmes ».

        Bien sûr, cela a tout d’un effet de mode et, comme le note le psychiatre Alain Braconnier, qui reçoit des enfants et adolescents depuis plusieurs décennies, « chaque époque a sa mode venant colorer un intérêt légitime pour l’enfant ».

        Il se trouve aussi qu’en matière de méditation, celle-ci, qui suscitait énormément de méfiance quand elle était transmise par des traditions spirituelles – des parents faisant méditer leurs enfants couraient le risque d’être dénoncés comme appartenant à une secte –  se retrouve aujourd’hui dotée de mille vertus, toutes prouvées scientifiquement. Sa pratique régulière permet donc (en vrac et dans un relevé non exhaustif..) de compléter avantageusement les traitements anxiolytiques chez les ados, de diminuer les sentiments dépressifs chez les étudiants, d’améliorer la qualité de vie des personnes atteintes d’inflammation du colon, et de réduire l’isolement des seniors…. Pourquoi, dès lors, ne pas l’enseigner dès le plus jeune âge ?

        Désormais, et notamment dans les pays anglo-saxons, la méditation est rentrée dans les écoles où elle offre même une alternative bienvenue aux traditionnelles « heures de retenue » pour les élèves les plus turbulents. A l’école primaire Robert W. Coleman de Baltimore, aux États-Unis, on enseigne à ces enfants la pratique de la méditation et les exercices de respiration, tout en les encourageant à parler à des comportementalistes.

        En France, l’agrément accordé en 2013 à la pratique du yoga en classe a permis l’initiation de pratiques méditatives aux plus jeunes. Comme le rappelle Jacques de Coulon, philosophe qui, avec Micheline Flak, dès 1978, a conçu ces programmes [2] puis écrit Le Manuel du yoga à l’école  (Payot), « méditer c’est tout simplement être attentif et pour Simone Weil, notamment,  le but des écoles était justement de permettre le développement de l’attention ». Pour cet expert, il est possible de faire méditer un enfant en écoutant le chant des oiseaux lors d’une promenade, ou en marchant de manière consciente, en lui apprenant juste à être conscient de son souffle et de son corps… « Attention, prévient-il, cela doit rester du plaisir. Si on force l’enfant à rester immobile ou à regarder un grain de riz pendant de longues séances,  on court le risque d’ajouter une activité « de contrainte » à son agenda déjà très chargé ! ».

        Autre bémol, celui relevé par Alain Braconnier concernant des parents qui, rêvant eux mêmes d’être moins stressés, font preuve « d’adulto-morphisme » en projetant leur propre besoin de calme sur leur progéniture. Le risque serait alors qu’ils essaient de convaincre les plus jeunes d’une pratique qui serait à prendre comme un procédé magique : « La capacité à s’intérioriser, à rentrer à l’intérieur de soi pour contacter son imaginaire et rêvasser, tout enfant l’a naturellement ! Et lorsqu’il est anxieux et stressé, il  a besoin de faire du sport, de jouer et surtout de se sentir accompagné » rappelle le psychiatre.

        Pas de forçage donc, pas de séances trop longues mais l’apprentissage d’une technique d’hygiène de vie très simple : savoir se reconnecter à son corps et à sa respiration pour apaiser son esprit…Telles sont les formes que peut prendre cette initiation aux plus jeunes. En n’oubliant pas qu’avec les plus petits, l’imitation des postures des animaux, amusante, est une source d’inspiration majeure.

Pascale SENK

[1] Voir infos www.fondationseve.org

[2] cf infos : recherche sur le Yoga dans l’éducation (http://www.rye-yoga.fr)

Paru dans Le Figaro du 10 octobre 2016

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